En attendant demain

Vu  l’entrée en matière que constitue le concours de première année de médecine, je me doutais bien qu’on avait pas fini de morfler… Et je n’avais pas tort.

Arrivée en P2, come on, ça démarre sur les starting block ! Un bon stage infirmier, en mise en bouche, ce stage en maladie infectieuse à une époque où les anti-viraux émergeaient à peine maintenant c’est une page d’histoire, mais sur le coup, c’est rude. Mais bon, Médecine c’est pas pour les mauviettes, alors on serre les dents et on  avance… Show must go on !

Ensuite en P2 et D1 nous avions à l’époque beaucoup de matières assez théoriques dont je ne me souviens plus vraiment, ce dont je me souviens bien en revanche c’est les « stages sémio ».

Deux demi-journées par semaine nous suivions le chef de clinique pour qu’il nous apprenne la sémiologie de sa discipline. Déjà il fallait trouver ce fameux chef de clinique, parce entre les internes, les externes et bien sûr les patients, les « sémios » c’était le cadet de ses soucis…

Comme je suis chanceuse je suis passée deux fois en chirurgie digestive et deux fois en gastro, j’ai jamais vu l’ombre d’un colopathe, mais dès la 2eme année je maitrisais le toucher rectal : TR pour les intimes. Je pourrais vous parler de cette chef de clinique déterminée qui réussi très facilement à convaincre un patient d’accepter que les étudiants fassent à tour de rôle le geste sur lui. J’y mis moins d’entrain qu’elle qui posa son genou sur son lit pour explorer le sigmoïde probablement, mais je me pliais quand même à ce rituel.

Ce n’est pas tant le geste qui m’a gênée que cette relation de pouvoir qui s’instaure. Comment un être humain avec tout son esprit pouvait-il accepter que quatre personnes à la suite lui mettent à tour de rôle un doigt dans l’anus ?

Il serait d’ailleurs intéressant d’étudier le coté initiatique de ce geste dans notre parcours…

Arrivée en quatrième année nous voilà externe.

J’enchaine anonymement les stages, pas vraiment convaincue par quoi que ce soit… Comme beaucoup, il y aurait bien la pédiatrie qui me brancherait mais pas de bol : je finis en réanimation pédiatrique. C’est un service caché au sous-sol où l’on reçoit majoritairement des nouveaux nés de 600g, qu’on ne peut quasiment pas toucher.

Bref ce stage ne m’a servi à rien à part à flipper comme une malade pendant mes grossesses…

Je me dis va en ORL ça va te servir de savoir regarder un tympan. Pas de bol 4 jours sur 5 nous étions, soit au bloc à voir des « hemi-gueulectomie », soit dans le service à inspecter les trachéotomies. Restait un jour par semaine où nous pouvions aller en consultation. Ce jour là j’accompagnais un médecin attaché, très efficace ; en effet après des années d’expérience il avait conclu que le mieux pour examiner les tympans d’un enfant c’est de l’embobiner dans un drap pour qu’il ne puisse pas bouger.

Ainsi donc le gamin et ses parents arrivaient, et pendant que les parents expliquaient la situation, une infirmière efficace embobinait le gamin qui hurlait bien entendu…

J’ai eut l’impression d’être transparente dans la plus part des stages, à part les internes personne ne sait notre prénom, du moment que les observations et les pancartes sont à jour : tout va bien.

Il faut se battre pour apprendre, courir après les internes ou les chefs, mais eux ils n’ont pas que ça à faire. Et moi j’aime pas courir après les gens.

En fait cet externat ne m’a servi qu’à savoir ce que je ne voulais pas faire :

–       je ne voulais pas être pédiatre

–       je ne voulais pas être ORL,

–       je ne voulais pas être cardiologue

–       surtout pas de chirurgie (ça c’est mes deux mains gauches)

–       et par dessus tout, clairement, je ne voulais pas bosser à l’hôpital

Je ne rêvais plus que d’une chose, en finir, vite !

A l’époque l’ECN n’existait pas, je profitais donc de faire médecine générale pour rejoindre le futur Mr Docshadok dans un endroit que j’espérais plus civilisé.

Le résidanat de médecine générale (puisque nous n’étions pas digne d’être des internes), m’a surpris.

J’étais partagée entre l’hosto et les cours de troisième cycle.

Les stages étaient plus ou moins formateurs, le rythme intense, l’ambiance parfois lourde. Quand on faisait  quelque chose de bien le chef nous disait « c’est bizarre que t’aies pas fait une spé. » avec un air inspiré. Les externes aussi étaient flippant à bosser comme des ânes tous les items de l’Internat.

Mais surtout il y a avait ces cours : enfin on abordait ce qui depuis longtemps me préoccupait : l’annonce d’une mauvaise nouvelle, la gestion des conflits, l’entretien motivationnel. Tout cela était abordé de façon pragmatique sous forme d’ateliers. Je sais que beaucoup de mes collègues n’adhéraient pas à ce type de pédagogie, mais moi j’ai adoré !

Et il y eut le stage chez le praticien, comme enfin le bout du tunnel !

Donc oui c’était possible de communiquer avec les patients dans une relation équilibrée, de prendre le temps de répondre à leurs questions, leurs angoisses.

Plus de la moitié des étudiants en médecine seront des médecins généralistes, la grande majorité ne travaillera pas en milieu hospitalier. Aussi il me paraît indispensable que les étudiants aient l’opportunité de faire des stages en médecine générale en 2eme cycle, qu’ils choisissent ou non ensuite la spécialité médecine générale.

Alors je ne voudrais pas que ces étudiants soient #PrivésDeMG.

Et je ne voudrais pas non plus que les patients soient #PrivéDeMG formés et heureux de pratiquer un médecine de proximité humaine et respectueuse.

https://docshadok.wordpress.com/privesdemg/

http://www.clubdesmedecinsblogueurs.com/PrivesDeMG/

https://twitter.com/PrivesDeMG

https://www.facebook.com/pages/Priv%C3%A9s-de-MG/667223639954475

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Mr Chairman

Mr Chairman est un homme pressé, il aurait peut-être voulu être un artiste, mais c’est un businessman, un homme important.

Comme il est indispensable à son entreprise celle-ci lui permet de bénéficier un bilan de santé complet. Oui messieurs, dames complet!
Donc Mr Chairman est allé dans une clinique très chic où on lui a prêté un beau peignoir blanc, des sandales assorties et un thé comme dans tous les Hilton de la Terre.
Pendant cette journée, Mr Chairman, 50ans, sportif (le golf c’est du sport @Docarnica?) et non fumeur (à part quelques Cohiba), a eut doit à un bilan sanguin avec tout le toutim : PSA, Vit D j’en passe et des meilleurs, une radiographie pulmonaire, une épreuve fonctionnelle respiratoire, un ECG, une épreuve d’effort et une échographie abdomino-pelvienne. Tout ça remis dans un superbe dossier relié et plastifié. Chic vous dis-je… (En plus il peut garder le peignoir)
Vous me direz on s’en fout c’est BigCompany qui paye. Certes…

Mr Chairman est chanceux tout son bilan est parfait hormis un banal petit kyste rénal.

Quelques jours plus tard, entre New York et Singapour, Mr Chairman est pris d’un mal au rein. Alors ni une ni deux, Mr Chairman demande à Natalia son assistante de lui prendre un rendez-vous. Évidement, vous vous doutez bien que Mr Chairman ne va pas consulter n’importe qui. Et le voilà donc 2 jours plus tard dans la consultation privée du Pr Uro, un homme affable, qui le rassure, le déleste de 220€  et lui prescrit une échographie rénale et un bilan biologique, les deuxième en un mois, cette fois à la charge de la sécurité sociale.
Le bilan est normal mais le Pr Uro lui recommande quand même de bien vérifier son PSA tous les ans car il est dans la normale supérieure.

Pourtant Mr Chairman a toujours mal, il s’en épanche donc auprès de sa femme de ménage, Simone qui lui suggère que sa douleur « c’est peut-être le dos ». Et un peu comme on conseille un rebouteux, Simone lui recommande de venir me consulter.
Mr Chairman patiente donc au milieu des gueux, coup de bol j’ai seulement 20 min de retard!
Il est un peu étonné de me voir accompagnée d’un étudiant. Prévoyant, il m’a apporté tout ses examens des derniers mois (j’eusse aimé vous montrer ce joli pavé). Il nous explique alors cette douleur: un bon vieux lumbago des familles, pendant ce temps je jubile de cette belle démonstration d’un parcours de soin aussi chic qu’absurde…
Après un bel examen clinique Mr Chairman repart avec une ordonnance et les recommandations d’usage. Nous lui expliquons donc au passage qu’il l’a échappé belle : à quelque décimale près Pr Uro n’aurait surement pas résisté et lui aurait retiré sa prostate et ensuite il n’aurait peut-être pas été aussi amusant de changer souvent de secrétaire.

Resté longtemps #PrivésDeMG malgré son argent, son réseaux et ses certitudes, Mr Chairman a découvert que le mieux est parfois l’ennemi du bien comme dirait ma grand-mère. Et Mr Chairman sait maintenant ce que Simone sait depuis longtemps : un  tour de rein n’a rien à voir avec le rein!

Tout ça pour dire que les fauteuils de First d’Air France c’est plus ce que c’était…

Premier contact

Contrairement à l’odeur du dentiste, je n’ai jamais vraiment senti cette odeur d’hôpital qui en effraye tant, peut-être est-ce comme ces parfums qu’on porte et qu’on ne sent plus.

Mes premiers souvenirs de contact avec le monde médical sont un mélange d’odeurs de tabac et de gout de vache qui rit.

Ce n’est pas très clair dans ma mémoire, j’accompagnais ma mère sur son lieu de travail, un service de gériatrie. Je ne sais pas vraiment pourquoi elle venait là en dehors de ses heures de travail, peut-être pour papoter avec ses copines en fumant à l’office (autres temps autres mœurs). Pendant ce temps j’avais droit à des tartines de vaches qui rit (et du haut de mes 5 ans c’était beaucoup plus facile à obtenir qu’un café pour un externe). Je n’ai jamais été fan de la vache qui rit mais de voir toutes ces gentilles dames en blanc qui s’activaient pour me faire un gouter cela me plaisait beaucoup. Parfois il fallait se taire et sourire à la surveillante qui venait m’embrasser telle une dame patronnesse et déjà le poids de la hiérarchie me pesait…

Et puis bien sur il y avait les malades, étrangement le mot patient était peu utilisé par ma mère et ses collègues, elles parlaient des malades. Considéraient-elles qu’il s’agissait d’un état transitoire? Je pense que ce terme leurs permettait surtout de se positionner dans le soin et de marquer une distance salvatrice. Il s’agissait pour moi de très très vieilles personnes assez mystérieuses aux gestes maladroits, trainant derrière elles un mélange d’odeur d’ammoniaque et d’eau de Cologne à la lavande. Certaines déambulaient dans les couloirs et avaient des réactions totalement adaptées comme d’être émerveillées par l’apparition dans cet étrange univers d’un ange blond. (Oui, j’étais angélique à cette époque). Mais ailleurs, derrières les portes, j’entendais ces cris si caractéristiques des personnes démentes, j’entre-apercevais des silhouettes amaigries sous des lits blancs faits au carré. C’était à la fois mystérieux et effrayant, et il a fallu longtemps pour que m’effleure l’idée de travailler dans ce milieu…